Résumé
Dans un contexte national marqué par la répétition de crises naturelles et par l’accélération des flux informationnels, la communication de crise constitue un enjeu central pour les médias publics. Cette étude examine la manière dont la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT) a organisé et mis en scène sa communication d’urgence lors du séisme d’Al Haouz (septembre 2023), en tenant compte des contraintes de rapidité, des exigences éthiques et des attentes citoyennes. Le terrain d’enquête repose sur une analyse de contenu audiovisuel (journaux télévisés, éditions spéciales, magazines) couvrant la phase d’urgence, la continuité de la couverture et la recontextualisation post-crise, ainsi que sur dix-neuf entretiens semi- directifs menés auprès de journalistes, rédacteurs en chef et expertes et experts. Les résultats montrent une forte mobilisation logistique, une hiérarchisation des messages centrée sur les sources institutionnelles et une prudence visuelle visant à préserver la dignité des victimes. Ils mettent également en évidence une lutte réactive contre la désinformation, appuyée sur des coordinations internes informelles, et une responsabilité sociale assumée sous la forme d’un cadrage stabilisateur axé sur la solidarité. L’article propose, à partir de ces constats, une lecture systémique des arbitrages éditoriaux et des limites structurelles du service public en situation de catastrophe.
